5 Septembre 2009
Il parait qu'il ne faut pas dire "morte", c'est trop cru, trop vrai. Devrait-on plutôt utiliser un euphémisme et dire qu'elle est décédée ? Ou alors tout bêtement utiliser un autre terme et dire qu'elle nous a quittés ? Qu'importe, elle n'est plus.
Pour une raison que j'ignore encore, lorsque j'ai quitté le centre hier soir, je savais que c'était la dernière fois que je la voyais vivante. Je suis soulagé qu'elle soit enfin partie. À 92 ans, elle n'avait plus la qualité de vie qu'elle avait jadis... Je me souviens que pour ses 88 ans, ma fille Mikaëlle lui avait offert le plus beau des cadeaux : elle serait enfin arrière grand-mère. Maman n'avait pas hésité une seconde avant de proposer à Mikaëlle de l'aider à peinturer la chambre du bébé. Mais dans la dernière année, son état s'était rapidement dégradé. Ses reins ne fonctionnaient plus, elle avait toujours mal au dos...
En arrivant au centre ce matin, je savais qu'elle dormait maintenant pour toujours. Mes deux sœurs et mon frère y étaient déjà, et nous avons divisé nos tâches, nous voulions en finir au plus vite. Hélène, la C.A. de la famille irait s'occuper du coffret de sûreté à la banque, Marcel s'occuperait de remplir les formulaires auprès des arrangements funéraires et Anne contacterait les membres de la famille et les amis.
De mon côté, je m'étais offert pour faire le ménage de la minuscule chambre qu'elle occupait au centre. Les infirmières nous avaient dit que nous avions 5 jours pour libérer la chambre, mais je voulais en finir au plus vite.
J'ai pris de grands sacs et y ai fourré tous les vêtements de maman. Ils iraient directement à une œuvre de charité. Je sais que c'est ce que maman aurait voulu.
Après avoir emballé vêtements, télé, chaîne stéréo et horloge, je me suis approché de ce qui lui tenait lieu de table de chevet. Sur celle-ci se trouvait un coffret de bois fabriqué à la main par mon père il y a de cela plusieurs années déjà. Délicatement, j'ai pris la clef qui se trouvait sur la chaîne que portait maman depuis plusieurs années déjà. L'infirmière me l'avait remise avant de quitter avec le lit. J'ai introduit la clef dans la serrure de la boîte et j'ai l'ai tournée jusqu'à ce que j'entende un petit "clic". En ouvrant la boîte, j'ai trouvé 4 enveloppes. D'une main mal assurée, maman y avait inscrit nos noms. Trouvant celle sur laquelle était écrit le mien, je l'ai ouverte. À l'intérieur se trouvait une corde de violon, accompagnée d'une note.
"Mon beau Jules. Durant toute ma carrière à l'Orchestre Symphonie de Laberge, j'ai toujours utilisé cette corde lors des concerts, et jamais je n'ai joué une seule fausse note. Tu n'as jamais partagé ma passion pour la musique, mais je voulais tout de même te l'offrir. Je t'aime, ta maman."
N'emportant avec moi que le coffret de bois, j'ai filé chez Accord m'acheter un violon.
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Voilà encore un très bon texte. C'est bien écrit, bien décrit, on comprend très bien la situation et on finit par cerner le personnage narrateur par de petits détails au fil du texte, sans que tu aies besoin de nommer les choses de manière platement explicite. La chute finale est bien trouvée. Mais puisque c'est un atelier et qu'un atelier, c'est fait pour travailler, je vais me permettre de faire quelques commentaires plus précis.
RépondreSupprimerD'abord, je trouve qu'on ne sent pas beaucoup le journal intime. On a plus l'impression que l'histoire est racontée à une tierce personne, comme dans une nouvelle brève. Il me semble que lorsqu'on écrit son journal, on ne dit pas: "mon père" ou "mon frère". On utilise plutôt avec "papa" ou le nom du frère ou de la sœur en question. Je sais que c'est plus difficile de faire comprendre au lecteur que Anne est la sœur quand on ne le dit pas, mais.. eh! C'est ça la difficulté...
Certains temps de verbe contribuent aussi à créer cet effet. Par exemple, dans le 5e paragraphe:
"J'ai pris de grands sacs et y ai fourré tous les vêtements de maman. ILS IRAIENT directement à une œuvre de charité. Je sais que c'est ce que maman aurait voulu."
C'est élégant, mais je e crois que dans un journal, on écrirait plutôt: J'irai les porter à une œuvre de charité. Il y a quelque chose de plus impliqué, de plus actif, que dans un récit.
Bref, il manque encore une petite touche plus personnelle, plus intime pour que ça sonne davantage journal.
Ce petit plus nous permettrait de cerner encore mieux le personnage. Là, on comprend que c'est un homme, peut-être dans la cinquantaine ou soixantaine, mais on n'en sait pas beaucoup plus sur sa vie. Mis à part qu'il n'aime pas trop trop la musique.
La finale reliée à la corde de violon est très bonne, cependant d'un point de vue réaliste, il est impossible de faire toute une carrière avec une seule corde de violon. Il faut changer régulièrement les cordes sur les instruments de musique.
Tu peux garder l'idée d'une corde à laquelle la mère est particulièrement attachée, mais en a reliant plutôt à un évènement marquant de sa vie: la corde qu'elle avait sur son violon le jour où elle a joué pour la première fois avec l'Orchestre, ou le jour où elle rencontré son mari, etc.
Suite du commentaire:
RépondreSupprimerJ'ai aussi de petits détails stylistiques. En général, en français, (en anglais, ils sont moins obsédés par ça...)on évite la répétition de mots. Tous les réviseurs pourchassent la redondance comme si c'était la peste. Quand on écrit, on n'a pas beaucoup de recul, surtout si on vient juste de terminer le texte, et on ne voit pas toujours les petites erreurs. C'est normal. En plus, tous les auteurs ont des tics dont ils ne sont pas toujours conscients. C'est pour ça que les éditeurs et les réviseurs existent.
Alors, voilà, j'ai joué à l'éditrice et j'ai noté les répétitions et les petits détails qui clochent. (Il n'y en a vraiment pas beaucoup.)
"En arrivant au centre ce matin, je savais qu'elle dormait maintenant pour toujours. Mes deux sœurs et mon frère y étaient déjà, et nous avons divisé nos tâches, nous voulions en finir au plus vite. Hélène, la C.A. de la famille irait S'OCCUPER du coffret de sûreté à la banque, Marcel S'OCCUPERAIT de remplir les formulaires auprès des arrangements funéraires et Anne contacterait les membres de la famille et les amis.
De mon côté, je m'étais offert pour faire le ménage de la minuscule chambre qu'elle OCCUPAIT au centre. Les infirmières nous avaient dit que nous avions 5 jours pour libérer la chambre, mais je voulais en finir au plus vite.
...
Après avoir emballé vêtements, télé, chaîne stéréo et horloge, je me suis approché de ce qui lui tenait lieu de table de chevet. Sur celle-ci se trouvait un coffret de bois fabriqué à la main par mon père Il y a de cela PLUSIEURS ANNÉES DÉJÀ. Délicatement, j'ai pris la clef qui se trouvait sur la chaîne que portait maman depuis PLUSIEURS ANNÉES DÉJÀ. L'infirmière me l'avait remise avant de quitter avec le lit. J'ai introduit la clef dans la serrure de la boîte et j'ai l'ai tournée jusqu'à ce que j'entende un petit "clic". En ouvrant la boîte, j'ai trouvé 4 enveloppes. D'une main mal assurée, maman y avait inscrit nos noms. Trouvant celle sur laquelle était écrit le mien, je l'ai ouverte. À l'intérieur se trouvait une corde de violon, accompagnée d'une note. (EST-CE QUE LE JEU DE MOTS EST VOULU? PEUT-ÊTRE ACCOMPAGNÉ D'UN "MOT" SERAIT PLUS JUSTE?)
N'emportant avec moi que le coffret de bois, j'ai filé chez Accord m'acheter un violon.
(PETITE QUESTION: POURQUOI APPORTE-T-IL LE COFFRET SI LA CORDE ÉTAIT DANS UNE ENVELOPPE? SES FRÈRES ET SŒURS NE VONT PAS LUI EN VOULOIR DE L'AVOIR PRIS?)
Voilà, c'est tout. Ce n'est pas trop décourageant?
Première impression : Merde merde merde, c'est mauvais mon affaire.
RépondreSupprimerDeuxième regard : Bon, qu'est-ce que je pourrais changer.
Conclusion finale : Voyons donc, c'est quoi cette pression personnelle. Si mes textes étaient parfaits, j'aurais déjà publié une trentaine de romans et je ne ferais pas d'ateliers. Alors hop, à mon clavier, on va retravailler ça comme un morceau de musique !
Bref, je ne suis pas trop découragée, je suis simplement plus motivée !
D'abord, j'avais vraiment voulu faire un jeu de mots avec la corde de violon et la note... Mais maintenant que j'y pense, ça sonne un peu comme un anglicisme...
Ensuite, mon personnage quitte en n'emportant que le coffret puisqu'il réalise qu'il n'y a rien à conserver dans cette chambre, mis à part les cadeaux de sa mère. Il quitte la chambre pour de bon et donnera les enveloppes plus tard.
Sur ce, je vais travailler le reste (en orthographe recommandée, il va sans dire), c'est à suivre !
5 Septembre 2009
RépondreSupprimerIl parait qu'il ne faut pas dire "morte", c'est trop cru, trop vrai. Devrait-on plutôt utiliser un euphémisme et dire qu'elle est décédée ? Ou alors tout bêtement utiliser un autre terme et dire qu'elle nous a quittés ? Qu'importe, elle n'est plus.
Pour une raison que j'ignore encore, lorsque j'ai quitté le centre hier soir, je savais que c'était la dernière fois que je la voyais vivante. Je suis soulagé qu'elle soit enfin partie. À 92 ans, elle n'avait plus la qualité de vie qu'elle avait jadis... Je me souviens que pour ses 88 ans, Mikaëlle lui avait offert le plus beau des cadeaux : elle serait enfin arrière grand-mère. Maman n'avait pas hésité une seconde avant de proposer à Mikaëlle de l'aider à peinturer la chambre du bébé. Mais dans la dernière année, son état s'était rapidement dégradé. Ses reins ne fonctionnaient plus, elle avait toujours mal au dos...
En arrivant au centre ce matin, je savais qu'elle dormait maintenant pour toujours. Hélène, Anne et Marcel le savaient déjà aussi lorsqu’ils sont venus me rejoindre. Même si on acceptait tous que notre maman soit partie, je crois qu’on a pris la bonne décision en en finissant au plus vite. Hélène s’est occupée du coffret de sureté à la banque, Marcel des arrangements funéraires et Anne a appelé les membres de la famille et les amis.
De mon côté, je me suis chargé de faire le ménage de la minuscule chambre qui lui était attribuée au centre. Les infirmières nous avaient dit qu’il fallait libérer la chambre au plus vite et de laisser les ordures sur place.
J'ai pris de grands sacs et y ai fourré tous les vêtements de maman. Ils iront directement à une œuvre de charité. Je sais que c'est ce que maman aurait voulu.
Après avoir emballé vêtements, plantes et horloge, je me suis approché de ce qui lui tenait lieu de table de chevet. Sur celle-ci se trouvait un coffret de bois fabriqué à la main par papa il y a de cela plusieurs années déjà. Délicatement, j'ai pris la clef qui se trouvait sur la chaine que portait en permanence maman. L'infirmière me l'avait remise avant de quitter avec le lit. J'ai introduit la clef dans la serrure de la boite et j'ai l'ai tournée jusqu'à ce que j'entende un petit "clic". En ouvrant la boite, j'ai trouvé 4 enveloppes. D'une main mal assurée, maman y avait inscrit nos noms. Lorsque j’ai trouvé celle sur laquelle était écrit le mien, je l'ai ouverte. À l'intérieur se trouvait une corde de violon, accompagnée d'un court message.
"Mon beau Jules. Le jour où j’ai obtenu ma place dans l’Orchestre Symphonique de Laberge, c’était cette corde qui était sur mon violon. Depuis, je l’ai toujours gardée dans mon sac à main et elle a su me porter chance. Tu n'as jamais partagé ma passion pour la musique, mais je voulais tout de même te l'offrir. Je t'aime, ta maman."
N'emportant avec moi que le coffret de bois, j'ai filé chez Accord m'acheter un violon.
Tu as très bien rattrapé les quelques petits détails qu'il y avait à régler. On voit souvent les commentaires pires qu'ils ne sont en réalité...
RépondreSupprimerTon texte m'a fait pensé à une nouvelle de Michael Morpurgo, publiée dans Au pays de mes histoires, chez Gallimard. Ça s'intitule La question Mozart. En fait, l'histoire n'a pas grand chose à voir avec la tienne, à part le fait qu'elle met en scène un violon, et une transmission familiale, mais il me semble qu'elle te plairait.