mercredi 16 décembre 2009

CONSIGNE DE LA SEMAINE 6

Thème : C’en est trop!
Racontez une brève anecdote qui a mis quelqu’un en colère.
Genre : Plusieurs, au choix.
Contrainte : Écrivez trois versions de votre anecdote en utilisant un style, un ton, un genre, un point de vue différent à chaque fois.
Suggestions de lecture :
Exercices de style, de Raymond, Queneau, Gallimard.
Ding! Dong! De Robert Soulières, Soulières éditeur.

Écrire, c’est adopter un point de vue
Il y a mille façons de raconter une histoire. Chaque personne qui entreprend de relater une anecdote le fait à sa façon, avec ses mots, sa langue et son point de vue sur la scène. On oublie trop souvent que ce point de vue est un choix délibéré de la part de l’écrivain. D’abord, en ce qui concerne le choix du narrateur : l’histoire d’une exécution ne sera pas racontée de la même façon si c’est la victime, le bourreau ou un simple témoin qui la raconte. Il peut même arriver que le narrateur soit de deuxième main, c’est-à-dire qu’il ne fasse que transmettre une histoire que quelqu’un d’autre lui a racontée.
C’est vrai aussi du ton employé pour raconter. Une situation de départ n’est qu’un tas d’argile auquel on peut donner la forme qu’on veut. Dépendamment du point du vue employé, une situation banale, par exemple quelqu’un qui trébuche sur le trottoir, peut devenir un événement comique, dramatique ou même tragique. Sur le plan du genre littéraire, on peut choisir d’en faire un poème en vers rimé, un récit télégraphique, un sketch télévisé, une parodie de roman du XVIIe siècle, un compte-rendu détaillé à l’extrême ou une brève histoire hilarante. Ouvrez vos horizons. Sortez de vos habitudes. Essayez autre chose. La fiction est un monde vaste dont les possibilités sont infinies, partez à la découverte des faces cachées de votre histoire.

dimanche 13 décembre 2009

Texte de la semaine 5 : L'arroseur arrosé

Lentement, Marine franchi le seuil de la porte menant à la piscine. Alors que l’odeur du chlore s’infiltrait sans ses narines, une odeur bien pire lui montait à la tête : l’odeur de la peut.

Née de deux médaillés olympiques, son père s’étant illustré au waterpolo et sa mère à la nage synchronisée, Marine n’avais jamais partagé la passion de ses parents. Elle avait toujours pleuré dans les piscines et refusé de nager. Aucune piscine ne voulait d’elle, aussi bien que lorsqu’elle avait eu 10 ans, ses parents avaient renoncé à lui faire prendre des cours de natation. Marine s’était toujours tenue loin des piscines, mais cela avait bien fini par la rattraper. En effet, tous les élèves de première secondaire se devaient de suivre des cours de natation. Et Marine ayant été trop gênée pour en parler à son enseignante de natation, Mme Caron, elle se retrouvait à la piscine, en ce lundi matin du mois de janvier, avec une grosse boule à l’estomac, boule qui s’y trouvait depuis le début des vacances des fêtes.

Mme Caron leur signala que le cours allait commencer et leur demanda de s’approcher pour venir voir la démonstration du crawl qu’elle s’apprêtait à faire. Dans son maillot noir trop neuf, Marine s’approcha. Déjà, ses jambes devenaient molles. Elle sentait ses genoux instables et savait qu’ils pourraient se dérober à tout instant. Mme Caron était de retour et leur donnait des indications techniques, mais Marine n’écoutait pas. Elle ne voyait que l’étendue argentée qui brillait devant ses yeux. Même si elle était terrorisée, elle se sentait également attirée par celle-ci. Comme si elle pouvait y tomber à n’importe quel moment.

L’enseignante leur demanda de venir la rejoindre dans la piscine. Marine vit plusieurs élèves se lancer à l’eau. Ils étaient tous tellement à l’aise ! Sa tête commençait à tourner, sa respiration à s’accélérer.

Et ce qui devait arriver arriva. Elle senti les deux mains de Mathias Fréchette s’appuyer contre ses deux omoplates et la pousser vers la piscine. Tout se passa au ralenti. Elle vit plusieurs élèves déjà dans l’eau s’éloigner pour éviter de se retrouver dans la trajectoire de sa chute. Elle entendit Mathias Fréchette rire à gorge déployée, inconscient de son geste. Elle vit les yeux en colère de Mme Caron regarder dans sa direction. Mais pire encore, elle vit l’étendue d’eau se rapprocher rapidement.

Ayant fléchi sous le poids de son corps, ses genoux furent les premiers à entrer en contact avec l’eau. Ce fut ensuite au tour de son tronc de s’enfoncer dans l’eau. Bientôt, le silence se fit autour d’elle. Sa tête venait de disparaitre sous la surface de l’eau. Terrifiée, Marine poussa de toutes ses forces avec ses pieds, dans un l’espoir de remonter vers la surface. Ses pieds heurtèrent le fond et elle remonta pendant ce qui lui sembla être des heures.
Lorsque son visage immergea, elle ouvrit la bouche pour avaler une bouffée d’air avant de replonger vers les profondeurs de la piscine. Sa descente sembla durer des heures. Elle tenta d’utiliser ses bras et ses jambes pour remonter, mais ses bras n’ayant jamais été entrainés en vue d’un tel exercice, elle ne fit que s’enfoncer plus profondément. Elle sentit un bras la prendre au niveau des hanches. Prise de panique, Marie tenta de se débattre jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle pouvait s’agripper à cet objet flottant.

Lorsque Mme Caron parvint enfin à la ramener à la surface, elle regarda autour d’elle pour voir des dizaines de têtes la fixer. Parmi ses têtes, celle de Mathias Fréchette. Sa bouche était grande ouverte, comme s’il avait enfin saisi la gravité de son geste. Mme Caron hurla et son nom et Marin vit un filet d’urine s’écouler de son short alors que celui-ci comprenait dans quel pétrin il s’était fourré.

L’arroseur arrosé. C’était à son tour d’être terrorisé.

vendredi 4 décembre 2009

CONSIGNE DE LA SEMAINE 5

Thème : Quand la réalité dépasse le cauchemar
Genre : Horreur
Contrainte : Écrire à la troisième personne, en narrateur extérieur.
Rappelez-vous votre pire cauchemar, pensez à ce qui vous fait vraiment peur, imaginez la pire chose qui pourrait vous arriver, l’événement qui vous ferait dresser les cheveux sur la tête et faire pipi dans votre culotte : rencontrer un maniaque armé d’une perceuse dans une ruelle déserte; vous retrouver coincé dans un sous-sol obscur avec des scorpions et autres insectes velus; être abandonné dans une forêt, en pleine nuit et voir surgir une créature inconnue, pas particulièrement sympathique; être enfermé, seul, dans une maison éloignée de la route et entendre tout à coup des pas à l’étage; voir des objets se mettre à bouger pendant qu’un rire dément éclate dans le silence. Allez, plongez en vous-même, faites-vous peur et… racontez-nous!

Écrire, c’est plonger en soi-même
Quand on écrit, on peut raconter tout et n’importe quoi, aborder des sujets inconnus, mettre en scène des lieux qu’on n’a jamais vus. Un peu de recherche nous permet souvent d’ajouter des éléments de vérité qui vont permettre aux lecteurs de situer et de croire aux décors et à l’époque qui leur sont présentés. De l’information, ça se trouve toujours. Il y a une seule chose sur laquelle on ne peut pas tricher, ce sont les émotions. Lire un documentaire sur la tristesse ou sur la peur ne nous éclairera pas beaucoup sur ce qu’on ressent quand on est malheureux ou qu’on est terrorisé. Si on veut que le texte sonne vrai, il faut plonger en soi-même et faire appel à sa propre expérience. Les émotions du personnage sont la courroie de transmission qui permet de passer l’émotion de l’auteur à son lecteur. Les émotions que l’on décrit dans un texte doivent résonner quelque part en nous, elles doivent être l’écho, même lointain, d’une émotion qu’on a déjà eue. On n’est pas obligé d’avoir perdu son fils dans un incendie pour décrire la peine d’une mère éplorée, il faut juste se souvenir d'un vrai moment de tristesse, du poids de la peine dans le corps, du bruit qu’elle fait dans le silence, du trou qu’elle creuse dans l’estomac. C’est cette corde sensible, enfouie en nous, qu’il faut faire vibrer, quitte à l’amplifier si la situation du récit l’exige. Tout le monde a déjà eu de la peine. Tout le monde a déjà eu peur. Qu’elle qu’en soit la raison, l’émotion est la même. Si on veut la susciter chez les autres, il faut d’abord la faire remonter en soi.

mercredi 2 décembre 2009

Texte de la semaine 4 : Bonne fête en retard

Il était déjà dix-huit heures lorsque je montai à bord de l’autobus. L’entrainement de natation avait duré plus longtemps que prévu, et j’avais vraiment hâte au moment où je pourrais enfin mettre ma tête sur mon oreiller.

- Tu as vu la tête de Corine lorsque tu as fait un meilleur temps qu’elle au 100 m libre ? me lança Juliette en s’assoyant à côté de moi sur la banquette de l’autobus bondé.
- Je sais ! J’étais tellement contente de pouvoir lui en boucher un coin. Il faut croire que ces mois d’entrainement ont enfin payé !

Juliette faisait partie de l’équipe des Hippocampes depuis quelques mois seulement, et nous étions amies depuis. La piscine où nous nous entrainions était loin de chez nous – elle était réservée à l’élite – et nous prenions le même autobus pour nous y rendre.

Lorsque l’autobus s’arrêta à l’angle du boulevard des Hirondelles et de la 5e rue, Juliette me serra rapidement dans ses bras en me rappelant d’être chez elle le lendemain à seize heures pour célébrer sa fête.

Une vingtaine de minutes plus tard, alors que j’étais la dernière passagère, les moteurs de l’autobus s’éteignirent et tout devint très sombre. Bien vite, le chauffeur remis la clef dans le contact et l’autobus repris son chemin. Bientôt, je vis la silhouette de ma maison, et je descendis de l’autobus après avoir machinalement remercié le vieux chauffeur.

En arrivant devant chez moi, clef à la main je remarquai quelque chose d’étrange. Les murs de la façade avaient été repeints, et les bardeaux de la toiture avaient été changés. Impossible que mon père ait pu faire cela pendant la journée. Je regardai le numéro civique au-dessus de la porte. C’était bien le 1786, et l’enseigne au coin de la rue indiquait l’impasse des Magnolias.

Un peu troublée, j’introduis tout de même la clef dans la serrure, et j’entendis le déclic familier lorsque je tournai la poignée.

J’eus la surprise de ma vie en découvrant ce qui se trouvait derrière la porte. Au lieu de me retrouver dans l’habituel vestibule dont le plancher était recouvert de moquette, je me trouvai dans une salle à manger, les deux pieds sur un plancher de bois franc. De toute évidence, quelques murs avaient également été jetés à terre. Mais j’étais loin d’être au bout de mes surprises…

Une famille était attablée et ce qui semblait être le père de famille se leva immédiatement de sa chaise.

- J’ai probablement omis de verrouiller la porte… Puis-je vous aider ? me demanda-t-il.
- Je… euh… je suis chez moi, enfin, je crois, balbutiais-je. Qui êtes-vous ?
- Vous faites erreur mademoiselle, nous habitons ici depuis maintenant vingt-cinq ans.
- C’est impossible, mes parents ont acheté cette maison il y a un peu plus de dix ans, tout de suite après la crise du verglas qui les avait convaincus de partir de la campagne.

L’homme me regarda sans comprendre et m’expliqua que la dernière crise du verglas de la ville était survenue un peu plus d’une trentaine d’années plus tôt. Il avait environ cinq ans à l’époque.

Ne sachant trop quoi faire, ils m’indiquèrent qu’ils ne pouvaient malheureusement pas m’héberger pour la nuit, mais qu’ils connaissaient une petite auberge de jeunesse dans les environs. La femme griffonna l’adresse sur un petit bout de papier qu’elle me tendit et je quittai la maison un peu troublée après lui avoir remis la clef.

Je montai à bord de l’autobus et plutôt que de descendre à l’auberge, je continuai mon chemin jusqu’à la 5e rue. Étant venue quelques fois chez Juliette je reconnus facilement la maison.

Je dû sonner deux fois à la porte avant qu’une grande dame blonde âgée d’une quarantaine d’années ne vienne m’ouvrir la porte. C’est avec soulagement que je reconnus dans son visage les traits de Juliette ; ce devait être sa mère.

- Bonjour Mme Villeneuve ! Est-ce que Juliette est à la maison ?
- Juliette ? me répondit-elle, intriguée.
- Oui… Non… Je… Puis-je vous demander votre âge, si ce n’est pas trop indiscret ?
- J’aurai quarante ans dans demain, mais je ne vois pas ce qui…

Du coup, tout devint clair. Ce n’était pas la mère de Juliette qui était devant moi, mais bien Juliette. En quelques heures à peine, elle avait vieilli de vingt-cinq ans. Je ne savais comment l’expliquer. M’excusant, je quittai la maison et me dirigeai vers l’auberge de jeunesse. Je devais mettre de l’ordre dans mes idées.

En m’allongeant sur le lit ce soir-là, je tentai de comprendre ce qui était arrivé. Analysant chaque petit détail de la soirée, je m’étais souvenue de la coupure de courant dans l’autobus. D’une certaine façon, cette coupure avait créé une brèche temporelle, et j’avais été projetée vingt-cinq ans dans le futur.

Il était tard, mais je savais que je devrais tôt ou tard en avoir le cœur net. Demain, j’irais voir Juliette pour lui souhaiter bonne fête, mais surtout pour lui demander si j’avais assisté à son anniversaire, vingt-cinq ans plus tôt.