Lentement, Marine franchi le seuil de la porte menant à la piscine. Alors que l’odeur du chlore s’infiltrait sans ses narines, une odeur bien pire lui montait à la tête : l’odeur de la peut.
Née de deux médaillés olympiques, son père s’étant illustré au waterpolo et sa mère à la nage synchronisée, Marine n’avais jamais partagé la passion de ses parents. Elle avait toujours pleuré dans les piscines et refusé de nager. Aucune piscine ne voulait d’elle, aussi bien que lorsqu’elle avait eu 10 ans, ses parents avaient renoncé à lui faire prendre des cours de natation. Marine s’était toujours tenue loin des piscines, mais cela avait bien fini par la rattraper. En effet, tous les élèves de première secondaire se devaient de suivre des cours de natation. Et Marine ayant été trop gênée pour en parler à son enseignante de natation, Mme Caron, elle se retrouvait à la piscine, en ce lundi matin du mois de janvier, avec une grosse boule à l’estomac, boule qui s’y trouvait depuis le début des vacances des fêtes.
Mme Caron leur signala que le cours allait commencer et leur demanda de s’approcher pour venir voir la démonstration du crawl qu’elle s’apprêtait à faire. Dans son maillot noir trop neuf, Marine s’approcha. Déjà, ses jambes devenaient molles. Elle sentait ses genoux instables et savait qu’ils pourraient se dérober à tout instant. Mme Caron était de retour et leur donnait des indications techniques, mais Marine n’écoutait pas. Elle ne voyait que l’étendue argentée qui brillait devant ses yeux. Même si elle était terrorisée, elle se sentait également attirée par celle-ci. Comme si elle pouvait y tomber à n’importe quel moment.
L’enseignante leur demanda de venir la rejoindre dans la piscine. Marine vit plusieurs élèves se lancer à l’eau. Ils étaient tous tellement à l’aise ! Sa tête commençait à tourner, sa respiration à s’accélérer.
Et ce qui devait arriver arriva. Elle senti les deux mains de Mathias Fréchette s’appuyer contre ses deux omoplates et la pousser vers la piscine. Tout se passa au ralenti. Elle vit plusieurs élèves déjà dans l’eau s’éloigner pour éviter de se retrouver dans la trajectoire de sa chute. Elle entendit Mathias Fréchette rire à gorge déployée, inconscient de son geste. Elle vit les yeux en colère de Mme Caron regarder dans sa direction. Mais pire encore, elle vit l’étendue d’eau se rapprocher rapidement.
Ayant fléchi sous le poids de son corps, ses genoux furent les premiers à entrer en contact avec l’eau. Ce fut ensuite au tour de son tronc de s’enfoncer dans l’eau. Bientôt, le silence se fit autour d’elle. Sa tête venait de disparaitre sous la surface de l’eau. Terrifiée, Marine poussa de toutes ses forces avec ses pieds, dans un l’espoir de remonter vers la surface. Ses pieds heurtèrent le fond et elle remonta pendant ce qui lui sembla être des heures.
Lorsque son visage immergea, elle ouvrit la bouche pour avaler une bouffée d’air avant de replonger vers les profondeurs de la piscine. Sa descente sembla durer des heures. Elle tenta d’utiliser ses bras et ses jambes pour remonter, mais ses bras n’ayant jamais été entrainés en vue d’un tel exercice, elle ne fit que s’enfoncer plus profondément. Elle sentit un bras la prendre au niveau des hanches. Prise de panique, Marie tenta de se débattre jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle pouvait s’agripper à cet objet flottant.
Lorsque Mme Caron parvint enfin à la ramener à la surface, elle regarda autour d’elle pour voir des dizaines de têtes la fixer. Parmi ses têtes, celle de Mathias Fréchette. Sa bouche était grande ouverte, comme s’il avait enfin saisi la gravité de son geste. Mme Caron hurla et son nom et Marin vit un filet d’urine s’écouler de son short alors que celui-ci comprenait dans quel pétrin il s’était fourré.
L’arroseur arrosé. C’était à son tour d’être terrorisé.
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Zut, le commentaire que je t'avais écrit hier est mystérieusement disparu!
RépondreSupprimerJe t'en refais un nouveau très bientôt!
EExcuse-moi pour le délai de réponse, tout va un peu trop vite ces temps-ci. Les êtres humains en chair et en os ont tendance à prendre le dessus sur le monde virtuel. J’imagine que tu n’as pas le temps de t’ennuyer, toi non plus, avec ta fin de session. Merci d’avoir pris quand même le temps d’écrire un texte cette semaine.
RépondreSupprimerTu as choisi de ne pas plonger dans l’horreur glauque et classique des films de série B. C’est ton choix le plus légitime. La peur de l’eau est une phobie suffisamment répandue pour qu’on puisse te suivre dans cette terreur.
Encore une fois, ton texte est bien structuré. On entre tout doucement dans la peur par le biais de l’odorat, puis l’angoisse monte peu à peu à mesure que la menace approche. On plonge dans l’horreur, en même temps que Marine est précipitée dans l’eau et tu as réussi à boucler la fin avec une touche d’humour. C’est très bien.
Je te ferais cependant le même petit reproche que la dernière fois. Sans vouloir faire de jeux de mots faciles, on a l’impression que l’émotion demeure un peu en surface. Je crois que tu es capable d’aller un cran plus loin dans l’expression des sentiments et l’intensité dramatique. Il ne manque pas grand chose, mais on pourrait en prendre encore un peu.
Je te concède qu’il s’agit de courts textes. On ne fait pas de miracles en 500-600 mots. Il est plus facile de se laisser entraîner dans l’émotion quand on est plongé dans un univers de fiction plus élaboré et qu’on a eu le temps de bien intégrer nos personnages.
Ça demeure un très beau travail.
Pour jouer, je vais t’envoyer une version de réviseure par courriel, avec des coloriages pour signaler les quelques répétitions de vocabulaire et les rares coquilles. (Mes petits coloriages n’apparaissent pas en mode « commentaire » du blogue.)
Ça te fera un coup de pratique pour le jour où tu seras confrontée à un VRR (vrai méchant réviseur).
J'ai éprouvé beaucoup de difficulté à essayer de rendre la peur plus palpable... Je ne crois malheureusement pas avoir réussi. Mais j'ai fait mon possible !
RépondreSupprimerLentement, Marine franchit le seuil de la porte menant à la piscine. Alors que l’odeur du chlore s’infiltrait dans ses narines, une autre bien pire lui montait à la tête : celle de la peur.
RépondreSupprimerNée de deux médaillés olympiques, son père s’étant illustré au waterpolo et sa mère à la nage synchronisée, Marine n’avait jamais partagé la passion de ses parents. Elle avait toujours pleuré lorsqu’elle se trouvait à proximité d’un plan d’eau, refusant même d’y tremper le petit orteil. Lorsqu’elle avait eu 10 ans, ses parents avaient renoncé à lui apprendre à nager. Marine s’était toujours tenue loin des piscines, mais cela avait bien fini par la rattraper. En effet, le second semestre du programme d’éducation physique de l’école Émile-Nelligan était consacré aux activités aquatiques. Marine, ayant été trop gênée pour en parler à son enseignante d’éducation physique, se retrouva donc au centre aquatique, en ce lundi matin du mois de janvier, avec une grosse boule à l’estomac, boule qui s’y était formée pendant les vacances des fêtes.
L’enseignante, Mme Caron, signala que le cours allait commencer et leur demanda de s’approcher pour venir voir la démonstration du crawl qu’elle s’apprêtait à faire. Dans son maillot noir trop neuf, Marine fit quelques pas. Déjà, ses jambes devenaient molles. Elle sentait ses genoux instables et savait qu’ils pourraient se dérober à tout instant. Mme Caron fit quelques mouvements de jambes tout en et leur donnant des indications techniques, mais Marine n’écoutait pas. Elle était ailleurs, ne voyant que l’étendue argentée qui brillait devant ses yeux, la narguant, la mettant au défi de s’y lancer. D’un côté elle était terrorisée, mais de l’autre elle se sentait attirée par celle-ci. Comme si elle pouvait y tomber à n’importe quel moment.
L’enseignante leur demanda de venir la rejoindre dans la piscine. Marine vit plusieurs élèves se lancer à l’eau. Ils étaient tous tellement à l’aise ! Sa tête commençait à tourner, sa respiration à s’accélérer. Bientôt, des étoiles dansaient devant ses yeux. Devant elle, quelques élèves s’éclaboussaient, et chaque goutte qui touchait ses pieds lui donnait une raison de plus pour se crisper.
Et ce qui devait arriver arriva. Elle sentit les mains de Mathias Fréchette s’appuyer contre ses deux omoplates et la pousser vers le bassin. Tout se passa au ralenti. Elle vit plusieurs élèves déjà dans l’eau s’éloigner pour éviter de se retrouver dans la trajectoire de sa chute. Elle entendit Mathias Fréchette rire à gorge déployée, inconscient de son geste. Elle vit les yeux en colère de Mme Caron regarder dans sa direction. Mais pire encore, elle vit son pire cauchemar se réaliser.
RépondreSupprimerAyant fléchi sous le poids de son corps, ses genoux furent les premiers à entrer en contact avec l’eau. Ce fut ensuite au tour de son tronc de s’enfoncer. Bientôt, le silence se fit autour d’elle. Sa tête venait de disparaitre sous la surface. Terrifiée, Marine poussa de toutes ses forces avec ses pieds, dans l’espoir de remonter à l’air libre. Ses pieds heurtèrent le fond et elle remonta pendant ce qui lui sembla être des heures.
Lorsque son visage émergea, elle ouvrit la bouche pour avaler une bouffée d’air avant de replonger vers les profondeurs. Elle tenta d’utiliser ses bras et ses jambes pour remonter, mais n’ayant jamais été entrainés en vue d’un tel exercice, ceux-ci ne représentaient qu’un poids supplémentaire. Elle sentit qu’on essayait de la prendre au niveau des hanches. Prise de panique, l’instinct de survie la gagna et Marine tenta de se débattre jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle pouvait s’agripper à cet objet flottant.
Lorsque Mme Caron parvint enfin à la ramener à la surface, Marine regarda autour d’elle pour voir des dizaines de têtes la fixer. Parmi ces têtes, celle de Mathias Fréchette. Sa bouche était grande ouverte, comme s’il avait enfin saisi la gravité de son geste. Mme Caron hurla son nom et Marine vit un filet d’urine s’écouler de son short alors que celui-ci comprenait dans quel pétrin il s’était fourré.
L’arroseur arrosé. C’était à son tour d’être terrorisé.
C'est vrai que tu n'as pas modifié beaucoup ta description des sensations liées à la peur de Marine, mais le seul fait que tu aies retravaillé le texte, retirant certaines répétitions, élaguant par-ci, peaufinant par là, rend la lecture plus "fluide", si je peux me permettre le jeu de mots. Il nous est donc plus facile de suivre le personnage dans ses émotions. C'est fou comme des petits détails peuvent parfois faire une grosse différence.
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