vendredi 8 janvier 2010

Texte de la semaine 6 : C'est pas moi, c'est lui !

Bureau du directeur, vendredi après-midi, seize heure.

Confortablement assis dans sa chaise avec devant lui un enseignant et deux élèves, un directeur exaspéré tente de comprendre ce qui a bien pu se passer dans le cours de mathématique du local B-233 en ce morose après-midi d’avril.

- Marco, ce n’est pas la première fois qu’on se retrouve tous les deux en compagnie de M. Ducharme… Il semblerait que vous avez de la difficulté à vous entendre ?

Marco avait toujours été un élève un peu difficile. Dès son entrée à la polyvalente Germaine-Guèvremont, il avait été ciblé par le corps enseignant. Il se chamaillait régulièrement avec les autres garçons et avait toujours été plus ou moins poli avec le personnel de l’école.

Mais aujourd’hui, Marco semblait avoir franchi les limites, donnant un coup de poing à l’un d’eux.

- Bon, Marco, il n’y a pas deux-mille solutions : ou bien tu m’expliques ce qui s’est passé, ou alors on passe la fin de semaine ici.
Devançant Marco, l’enseignant commença à raconter sa version des faits.

« Le cours était presque terminé. Je venais à peine de leur remettre la copie corrigée de leur contrôle d’étape lorsque Marco a commencé à s’agiter. Il a posé tout plein de questions plus ou moins pertinentes.

« Il voulait savoir quand est-ce que je mettrais les notes sur le serveur de l’école pour qu’il puisse consulter sa moyenne pondérée, pourquoi il avait perdu des points à la question à développement, quel était le délai pour remettre sa copie signée par ses parents…

« J’ai répondu à sa première question puis me suis approchée de Fanyeve, dit-il en pointant la jeune fille assis à côté de lui. Vous savez, elle n’est pas au pays depuis longtemps, son français est encore faible… Je ne voudrais pas qu’elle se sente rejetée ! J’ai parlé avec Fanyeve et lorsque je me suis retourné pour aller répondre à Marco, celui-ci a surgi à côté de moi.

« Je peux vous dire que j’ai eu la frousse ! Il a commencé à me menacer, à jurer. Il m’a accusé, de favoritisme. Imaginez ma surprise ! Moi, Jules Ducharme, récipiendaire du prix d’enseignant de l’année, en train de m’occuper d’un élève plus que d’un autre !

« Et sans crier gare, Marco m’a balancé un coup de poing au visage, qui m’a atteint en plein sur le pif, conclut-il en pointant son nez sous lequel on apercevait encore quelques croutes de sang séché. »
Marco, qui était parvenu jusque-là à garder son calme, se leva d’un bond, furieux. On aurait cru que M. Ducharme venait de l’insulter.

« Meuh, c’est « full » pas vrai ! C’pas ça qui est arrivé ! J’ai rien fait, c’est toute de sa faute. Moi tout ce que je voulais c’était des réponses. C’était trop pas « fair » sa façon de corriger. Y m’a ôté plein de points pour rien.

« C’tait la fin du cours, pis y’avait attendu la dernière minute pour nous donner nos examens. Quand y m’a donné ma copie, était toute beurrée en rouge ! Pis en plus y’avait des taches dessus, pis ça sentait la bière à plein nez. Chu sûr qui boit en corrigeant nos copies là, c’pour ça que ça correction à vaut rien !

« Fecque j’y ai demandé pourquoi y m’avait donné zéro au dernier numéro, tsé en début d’année y nous avait juré que jamais y nous mettrais zéro si on avait écrit au moins quequ’chose ! Pis en plus, j’avais la bonne réponse. Tsé me semble que si j’ai la bonne réponse c’est que j’ai des points là ! Moé j’voulais voir un corrigé bon.

« Mais là à place de répondre à ma question, y m’a regardé pis y m’a dit qu’y’en avait pas de corrigé, qu’c’était dans sa tête. J’suis sûr qu’y’a pas le droit de faire ça. Pis y’est allé voir Fanyeve. Y y donne « full » d’attention à elle pass’que c’est la seule matière où qu’a comprends. Tsé a comprends « fuckall » en français vu qu’c’t’une « british », « so » a l’a toujours des zéro… Mais c’t’une méchante bollée en maths. En tout cas.

« Me suis levé pis chu allé le voir. J’ai même pas eu le temps d’ouvrir la bouche qu’y m’a poussé contre un bureau ! Fecque j’ai eu peur qu’y me « fesse » dessus « so » j’ai essayé de me protéger. C’trop pas de ma faute si mon coude a frappé son nez. »

C’est à ce moment que le directeur remarqua que la petite Fanyeve ne bougeait pas d’un poil. Elle avait écouté les deux versions des faits. Comme celles-ci ne concordaient pas du tout, il se dit qu’un témoin de l’incident pourrait peut-être élucider le mystère.

- Et toi, Fanyeve, tu peux m’expliquer ce qui s’est passé ? « What happened ? »
La jeune fille regarda son enseignant, puis Marco, poussa un soupir puis se lança dans sa propre version des faits.

« Le cours était « presque over. » Le « teacher » avait redonné tous les « papers » et on allait bientôt partir. Marco a commencé « to ask a lot of questions » et M. Ducharme avait répondu à un de ses « questions ». « I had a bunch of questions myself » parce que j’avais pas eu toutes les points dans les questions à « long answer. » Les équations, je peux comprendre « because maths is international but » quand il y a des mots dans le question… « Marco came to my desk because » et en avançant il a pris son pied dans mon « backpack » et il est tombé sur M. Ducharme « who fell and banged his face » sur mon chaise.

« Il aurait dû répondre « when Marco asked his questions, » sauf que Marco aurait dû reste à son bureau au lieu d’être impatient. C’est le faute aux deux.

« So, can I go home now ? » Mon mère va vouloir savoir « why I’m not there yet. »

2 commentaires:

  1. Hum... Voilà un exercice intéressant et bien mené... même si ce n'est pas exactement ce que j'imaginais...
    Tu as travaillé sur deux éléments particuliers de la consigne: les multiples versions d'un même événement, changeant selon le point de vue de celui qui en fait le récit et les différents niveaux de langue des narrateurs. Je pensais plutôt à trois textes présentant des versions dans différents styles littéraires (En vers, en dialogues de théâtre, classique, à la Marguerite Duras, etc...)
    Ceci dit, ton texte est amusant et bien fait. Les niveaux de langue des narrateurs sont clairs et bien définis. Le constraste entre eux est efficace. Les trois versions de l'incident sont à la fois dissemblables et plausibles. Le pauvre directeur s'en trouve sûrement bien embêté...
    Du beau travail, encore une fois!

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  2. Oups...

    En effet, je me suis surtout penchée sur le niveau de langue. Je trouve difficile de passer de l'un à l'autre, je ne sais jamais quelle voix donner à mes personnages...

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