mercredi 16 décembre 2009

CONSIGNE DE LA SEMAINE 6

Thème : C’en est trop!
Racontez une brève anecdote qui a mis quelqu’un en colère.
Genre : Plusieurs, au choix.
Contrainte : Écrivez trois versions de votre anecdote en utilisant un style, un ton, un genre, un point de vue différent à chaque fois.
Suggestions de lecture :
Exercices de style, de Raymond, Queneau, Gallimard.
Ding! Dong! De Robert Soulières, Soulières éditeur.

Écrire, c’est adopter un point de vue
Il y a mille façons de raconter une histoire. Chaque personne qui entreprend de relater une anecdote le fait à sa façon, avec ses mots, sa langue et son point de vue sur la scène. On oublie trop souvent que ce point de vue est un choix délibéré de la part de l’écrivain. D’abord, en ce qui concerne le choix du narrateur : l’histoire d’une exécution ne sera pas racontée de la même façon si c’est la victime, le bourreau ou un simple témoin qui la raconte. Il peut même arriver que le narrateur soit de deuxième main, c’est-à-dire qu’il ne fasse que transmettre une histoire que quelqu’un d’autre lui a racontée.
C’est vrai aussi du ton employé pour raconter. Une situation de départ n’est qu’un tas d’argile auquel on peut donner la forme qu’on veut. Dépendamment du point du vue employé, une situation banale, par exemple quelqu’un qui trébuche sur le trottoir, peut devenir un événement comique, dramatique ou même tragique. Sur le plan du genre littéraire, on peut choisir d’en faire un poème en vers rimé, un récit télégraphique, un sketch télévisé, une parodie de roman du XVIIe siècle, un compte-rendu détaillé à l’extrême ou une brève histoire hilarante. Ouvrez vos horizons. Sortez de vos habitudes. Essayez autre chose. La fiction est un monde vaste dont les possibilités sont infinies, partez à la découverte des faces cachées de votre histoire.

dimanche 13 décembre 2009

Texte de la semaine 5 : L'arroseur arrosé

Lentement, Marine franchi le seuil de la porte menant à la piscine. Alors que l’odeur du chlore s’infiltrait sans ses narines, une odeur bien pire lui montait à la tête : l’odeur de la peut.

Née de deux médaillés olympiques, son père s’étant illustré au waterpolo et sa mère à la nage synchronisée, Marine n’avais jamais partagé la passion de ses parents. Elle avait toujours pleuré dans les piscines et refusé de nager. Aucune piscine ne voulait d’elle, aussi bien que lorsqu’elle avait eu 10 ans, ses parents avaient renoncé à lui faire prendre des cours de natation. Marine s’était toujours tenue loin des piscines, mais cela avait bien fini par la rattraper. En effet, tous les élèves de première secondaire se devaient de suivre des cours de natation. Et Marine ayant été trop gênée pour en parler à son enseignante de natation, Mme Caron, elle se retrouvait à la piscine, en ce lundi matin du mois de janvier, avec une grosse boule à l’estomac, boule qui s’y trouvait depuis le début des vacances des fêtes.

Mme Caron leur signala que le cours allait commencer et leur demanda de s’approcher pour venir voir la démonstration du crawl qu’elle s’apprêtait à faire. Dans son maillot noir trop neuf, Marine s’approcha. Déjà, ses jambes devenaient molles. Elle sentait ses genoux instables et savait qu’ils pourraient se dérober à tout instant. Mme Caron était de retour et leur donnait des indications techniques, mais Marine n’écoutait pas. Elle ne voyait que l’étendue argentée qui brillait devant ses yeux. Même si elle était terrorisée, elle se sentait également attirée par celle-ci. Comme si elle pouvait y tomber à n’importe quel moment.

L’enseignante leur demanda de venir la rejoindre dans la piscine. Marine vit plusieurs élèves se lancer à l’eau. Ils étaient tous tellement à l’aise ! Sa tête commençait à tourner, sa respiration à s’accélérer.

Et ce qui devait arriver arriva. Elle senti les deux mains de Mathias Fréchette s’appuyer contre ses deux omoplates et la pousser vers la piscine. Tout se passa au ralenti. Elle vit plusieurs élèves déjà dans l’eau s’éloigner pour éviter de se retrouver dans la trajectoire de sa chute. Elle entendit Mathias Fréchette rire à gorge déployée, inconscient de son geste. Elle vit les yeux en colère de Mme Caron regarder dans sa direction. Mais pire encore, elle vit l’étendue d’eau se rapprocher rapidement.

Ayant fléchi sous le poids de son corps, ses genoux furent les premiers à entrer en contact avec l’eau. Ce fut ensuite au tour de son tronc de s’enfoncer dans l’eau. Bientôt, le silence se fit autour d’elle. Sa tête venait de disparaitre sous la surface de l’eau. Terrifiée, Marine poussa de toutes ses forces avec ses pieds, dans un l’espoir de remonter vers la surface. Ses pieds heurtèrent le fond et elle remonta pendant ce qui lui sembla être des heures.
Lorsque son visage immergea, elle ouvrit la bouche pour avaler une bouffée d’air avant de replonger vers les profondeurs de la piscine. Sa descente sembla durer des heures. Elle tenta d’utiliser ses bras et ses jambes pour remonter, mais ses bras n’ayant jamais été entrainés en vue d’un tel exercice, elle ne fit que s’enfoncer plus profondément. Elle sentit un bras la prendre au niveau des hanches. Prise de panique, Marie tenta de se débattre jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle pouvait s’agripper à cet objet flottant.

Lorsque Mme Caron parvint enfin à la ramener à la surface, elle regarda autour d’elle pour voir des dizaines de têtes la fixer. Parmi ses têtes, celle de Mathias Fréchette. Sa bouche était grande ouverte, comme s’il avait enfin saisi la gravité de son geste. Mme Caron hurla et son nom et Marin vit un filet d’urine s’écouler de son short alors que celui-ci comprenait dans quel pétrin il s’était fourré.

L’arroseur arrosé. C’était à son tour d’être terrorisé.

vendredi 4 décembre 2009

CONSIGNE DE LA SEMAINE 5

Thème : Quand la réalité dépasse le cauchemar
Genre : Horreur
Contrainte : Écrire à la troisième personne, en narrateur extérieur.
Rappelez-vous votre pire cauchemar, pensez à ce qui vous fait vraiment peur, imaginez la pire chose qui pourrait vous arriver, l’événement qui vous ferait dresser les cheveux sur la tête et faire pipi dans votre culotte : rencontrer un maniaque armé d’une perceuse dans une ruelle déserte; vous retrouver coincé dans un sous-sol obscur avec des scorpions et autres insectes velus; être abandonné dans une forêt, en pleine nuit et voir surgir une créature inconnue, pas particulièrement sympathique; être enfermé, seul, dans une maison éloignée de la route et entendre tout à coup des pas à l’étage; voir des objets se mettre à bouger pendant qu’un rire dément éclate dans le silence. Allez, plongez en vous-même, faites-vous peur et… racontez-nous!

Écrire, c’est plonger en soi-même
Quand on écrit, on peut raconter tout et n’importe quoi, aborder des sujets inconnus, mettre en scène des lieux qu’on n’a jamais vus. Un peu de recherche nous permet souvent d’ajouter des éléments de vérité qui vont permettre aux lecteurs de situer et de croire aux décors et à l’époque qui leur sont présentés. De l’information, ça se trouve toujours. Il y a une seule chose sur laquelle on ne peut pas tricher, ce sont les émotions. Lire un documentaire sur la tristesse ou sur la peur ne nous éclairera pas beaucoup sur ce qu’on ressent quand on est malheureux ou qu’on est terrorisé. Si on veut que le texte sonne vrai, il faut plonger en soi-même et faire appel à sa propre expérience. Les émotions du personnage sont la courroie de transmission qui permet de passer l’émotion de l’auteur à son lecteur. Les émotions que l’on décrit dans un texte doivent résonner quelque part en nous, elles doivent être l’écho, même lointain, d’une émotion qu’on a déjà eue. On n’est pas obligé d’avoir perdu son fils dans un incendie pour décrire la peine d’une mère éplorée, il faut juste se souvenir d'un vrai moment de tristesse, du poids de la peine dans le corps, du bruit qu’elle fait dans le silence, du trou qu’elle creuse dans l’estomac. C’est cette corde sensible, enfouie en nous, qu’il faut faire vibrer, quitte à l’amplifier si la situation du récit l’exige. Tout le monde a déjà eu de la peine. Tout le monde a déjà eu peur. Qu’elle qu’en soit la raison, l’émotion est la même. Si on veut la susciter chez les autres, il faut d’abord la faire remonter en soi.

mercredi 2 décembre 2009

Texte de la semaine 4 : Bonne fête en retard

Il était déjà dix-huit heures lorsque je montai à bord de l’autobus. L’entrainement de natation avait duré plus longtemps que prévu, et j’avais vraiment hâte au moment où je pourrais enfin mettre ma tête sur mon oreiller.

- Tu as vu la tête de Corine lorsque tu as fait un meilleur temps qu’elle au 100 m libre ? me lança Juliette en s’assoyant à côté de moi sur la banquette de l’autobus bondé.
- Je sais ! J’étais tellement contente de pouvoir lui en boucher un coin. Il faut croire que ces mois d’entrainement ont enfin payé !

Juliette faisait partie de l’équipe des Hippocampes depuis quelques mois seulement, et nous étions amies depuis. La piscine où nous nous entrainions était loin de chez nous – elle était réservée à l’élite – et nous prenions le même autobus pour nous y rendre.

Lorsque l’autobus s’arrêta à l’angle du boulevard des Hirondelles et de la 5e rue, Juliette me serra rapidement dans ses bras en me rappelant d’être chez elle le lendemain à seize heures pour célébrer sa fête.

Une vingtaine de minutes plus tard, alors que j’étais la dernière passagère, les moteurs de l’autobus s’éteignirent et tout devint très sombre. Bien vite, le chauffeur remis la clef dans le contact et l’autobus repris son chemin. Bientôt, je vis la silhouette de ma maison, et je descendis de l’autobus après avoir machinalement remercié le vieux chauffeur.

En arrivant devant chez moi, clef à la main je remarquai quelque chose d’étrange. Les murs de la façade avaient été repeints, et les bardeaux de la toiture avaient été changés. Impossible que mon père ait pu faire cela pendant la journée. Je regardai le numéro civique au-dessus de la porte. C’était bien le 1786, et l’enseigne au coin de la rue indiquait l’impasse des Magnolias.

Un peu troublée, j’introduis tout de même la clef dans la serrure, et j’entendis le déclic familier lorsque je tournai la poignée.

J’eus la surprise de ma vie en découvrant ce qui se trouvait derrière la porte. Au lieu de me retrouver dans l’habituel vestibule dont le plancher était recouvert de moquette, je me trouvai dans une salle à manger, les deux pieds sur un plancher de bois franc. De toute évidence, quelques murs avaient également été jetés à terre. Mais j’étais loin d’être au bout de mes surprises…

Une famille était attablée et ce qui semblait être le père de famille se leva immédiatement de sa chaise.

- J’ai probablement omis de verrouiller la porte… Puis-je vous aider ? me demanda-t-il.
- Je… euh… je suis chez moi, enfin, je crois, balbutiais-je. Qui êtes-vous ?
- Vous faites erreur mademoiselle, nous habitons ici depuis maintenant vingt-cinq ans.
- C’est impossible, mes parents ont acheté cette maison il y a un peu plus de dix ans, tout de suite après la crise du verglas qui les avait convaincus de partir de la campagne.

L’homme me regarda sans comprendre et m’expliqua que la dernière crise du verglas de la ville était survenue un peu plus d’une trentaine d’années plus tôt. Il avait environ cinq ans à l’époque.

Ne sachant trop quoi faire, ils m’indiquèrent qu’ils ne pouvaient malheureusement pas m’héberger pour la nuit, mais qu’ils connaissaient une petite auberge de jeunesse dans les environs. La femme griffonna l’adresse sur un petit bout de papier qu’elle me tendit et je quittai la maison un peu troublée après lui avoir remis la clef.

Je montai à bord de l’autobus et plutôt que de descendre à l’auberge, je continuai mon chemin jusqu’à la 5e rue. Étant venue quelques fois chez Juliette je reconnus facilement la maison.

Je dû sonner deux fois à la porte avant qu’une grande dame blonde âgée d’une quarantaine d’années ne vienne m’ouvrir la porte. C’est avec soulagement que je reconnus dans son visage les traits de Juliette ; ce devait être sa mère.

- Bonjour Mme Villeneuve ! Est-ce que Juliette est à la maison ?
- Juliette ? me répondit-elle, intriguée.
- Oui… Non… Je… Puis-je vous demander votre âge, si ce n’est pas trop indiscret ?
- J’aurai quarante ans dans demain, mais je ne vois pas ce qui…

Du coup, tout devint clair. Ce n’était pas la mère de Juliette qui était devant moi, mais bien Juliette. En quelques heures à peine, elle avait vieilli de vingt-cinq ans. Je ne savais comment l’expliquer. M’excusant, je quittai la maison et me dirigeai vers l’auberge de jeunesse. Je devais mettre de l’ordre dans mes idées.

En m’allongeant sur le lit ce soir-là, je tentai de comprendre ce qui était arrivé. Analysant chaque petit détail de la soirée, je m’étais souvenue de la coupure de courant dans l’autobus. D’une certaine façon, cette coupure avait créé une brèche temporelle, et j’avais été projetée vingt-cinq ans dans le futur.

Il était tard, mais je savais que je devrais tôt ou tard en avoir le cœur net. Demain, j’irais voir Juliette pour lui souhaiter bonne fête, mais surtout pour lui demander si j’avais assisté à son anniversaire, vingt-cinq ans plus tôt.

jeudi 26 novembre 2009

CONSIGNE DE LA SEMAINE 4

Thème : La disparition mystérieuse
Genre : Fantastique
Contrainte : Il est interdit de conclure votre texte en disant que le personnage vient de se réveiller d’un cauchemar.

Vous rentrez chez vous et votre maison n’existe plus. Elle est remplacée par une autre maison, habitée par des inconnus. Ces gens, que vous n’avez jamais vus, vous assurent qu’ils vivent là depuis plus de 25 ans. Que s’est-il passé? Comment réagissez-vous? Où allez-vous? Arrivez-vous à vous en sortir? Retrouvez-vous votre maison? Recommencez-vous une autre vie?

Écrire, c’est s’ouvrir à l’inconnu.
Lire, tout comme écrire, permet d’échapper à sa réalité. On peut oublier son quotidien simplement en s’ouvrant à celui d’un autre qui nous ressemble, mais on peut aussi changer d’époque, visiter le moindre recoin de la planète, se mettre dans la peau d’un tueur ou voir le monde à travers les yeux d’un bébé. Un coup parti, on peut aussi rêver de s’égarer dans un monde complètement différent du sien, un monde dont on ne comprend même pas les règles. En fiction, tout est possible. Profitez-en. Oubliez l’école, le travail, vos parents, vos devoirs et le trou dans vos chaussures. Déjouez les lois de la logique. Ouvrez le temps. Faites éclater la plate réalité!

jeudi 19 novembre 2009

Semaine 3: Congé!

Eh oui, c'est le Salon du Livre! Je décrète donc un congé d'écriture pour faire le plein de lectures.
À la semaine prochaine!

mardi 17 novembre 2009

Texte de la semaine 2 : Aujourd'hui, maman est morte : ou comment je suis devenu violoniste

5 Septembre 2009

Il parait qu'il ne faut pas dire "morte", c'est trop cru, trop vrai. Devrait-on plutôt utiliser un euphémisme et dire qu'elle est décédée ? Ou alors tout bêtement utiliser un autre terme et dire qu'elle nous a quittés ? Qu'importe, elle n'est plus.

Pour une raison que j'ignore encore, lorsque j'ai quitté le centre hier soir, je savais que c'était la dernière fois que je la voyais vivante. Je suis soulagé qu'elle soit enfin partie. À 92 ans, elle n'avait plus la qualité de vie qu'elle avait jadis... Je me souviens que pour ses 88 ans, ma fille Mikaëlle lui avait offert le plus beau des cadeaux : elle serait enfin arrière grand-mère. Maman n'avait pas hésité une seconde avant de proposer à Mikaëlle de l'aider à peinturer la chambre du bébé. Mais dans la dernière année, son état s'était rapidement dégradé. Ses reins ne fonctionnaient plus, elle avait toujours mal au dos...

En arrivant au centre ce matin, je savais qu'elle dormait maintenant pour toujours. Mes deux sœurs et mon frère y étaient déjà, et nous avons divisé nos tâches, nous voulions en finir au plus vite. Hélène, la C.A. de la famille irait s'occuper du coffret de sûreté à la banque, Marcel s'occuperait de remplir les formulaires auprès des arrangements funéraires et Anne contacterait les membres de la famille et les amis.

De mon côté, je m'étais offert pour faire le ménage de la minuscule chambre qu'elle occupait au centre. Les infirmières nous avaient dit que nous avions 5 jours pour libérer la chambre, mais je voulais en finir au plus vite.

J'ai pris de grands sacs et y ai fourré tous les vêtements de maman. Ils iraient directement à une œuvre de charité. Je sais que c'est ce que maman aurait voulu.

Après avoir emballé vêtements, télé, chaîne stéréo et horloge, je me suis approché de ce qui lui tenait lieu de table de chevet. Sur celle-ci se trouvait un coffret de bois fabriqué à la main par mon père il y a de cela plusieurs années déjà. Délicatement, j'ai pris la clef qui se trouvait sur la chaîne que portait maman depuis plusieurs années déjà. L'infirmière me l'avait remise avant de quitter avec le lit. J'ai introduit la clef dans la serrure de la boîte et j'ai l'ai tournée jusqu'à ce que j'entende un petit "clic". En ouvrant la boîte, j'ai trouvé 4 enveloppes. D'une main mal assurée, maman y avait inscrit nos noms. Trouvant celle sur laquelle était écrit le mien, je l'ai ouverte. À l'intérieur se trouvait une corde de violon, accompagnée d'une note.

"Mon beau Jules. Durant toute ma carrière à l'Orchestre Symphonie de Laberge, j'ai toujours utilisé cette corde lors des concerts, et jamais je n'ai joué une seule fausse note. Tu n'as jamais partagé ma passion pour la musique, mais je voulais tout de même te l'offrir. Je t'aime, ta maman."

N'emportant avec moi que le coffret de bois, j'ai filé chez Accord m'acheter un violon.

jeudi 12 novembre 2009

CONSIGNE DE LA SEMAINE 2

Thème : Aujourd’hui, maman est morte.
Genre : Journal intime
Contrainte : Dans la peau d’un autre
Pensez à quelqu’un qui ne vous ressemble pas, mais alors vraiment pas. Quelqu’un avec qui vous n’avez pas grand-chose en commun. Quelqu’un de l’autre sexe, qui a le double ou la moitié de votre âge, ou le double ou la moitié de votre poids, le double ou la moitié de votre intelligence ou de votre beauté. Quand vous commencerez à avoir une image précise de votre personnage, écrivez quelques pages de son journal intime, le jour de la mort de sa mère.

Écrire, c’est se mettre à la place des autres.
Quand on écrit, on ne peut pas inventer seulement mettre des personnages exactement comme nous, qui vivent les mêmes choses que nous, en réagissant de la même façon que nous. S’il fallait être un enfant pour écrire de la littérature jeunesse, un tueur sanguinaire pour écrire des romans policiers ou un extraterrestre pour écrire de la science-fiction, les bibliothèques seraient bien vides. Chaque histoire doit comporter un éventail de personnages différents, permettant d’exprimer différents points de vue et différentes émotions. Commencez par dresser le portrait du personnage. Qui est-ce? Quel est son nom? Son âge? Son emploi du temps? Quels sont ses goûts vestimentaires? Culinaires? Musicaux? Où habite-t-il/elle? Vit-il/elle seul(e)? Pour vous aider, vous pouvez vous inspirer d’une personne de votre entourage, d’un personnage de fiction ou même d’un inconnu que vous avez déjà croisé dans la rue. Empruntez-lui quelques-uns de ses traits distinctifs et inventez les autres. C’est plus facile que de partir de zéro. De toutes façons, qu’on le veuille ou non, on n’invente jamais tout à fait.

dimanche 8 novembre 2009

Texte de la semaine 1: Ce n'était qu'un jeu

Je jette un coup d'œil sur ma montre ; les aiguilles indiquent huit heures treize minutes. Personne n'est encore passé par le parc. En semaine, tous le personnel de l'hôpital situé de l'autre côté du parc passe par ici, que ce soit pour se rendre à l'hôpital ou pour en sortir. Mais durant la fin de semaine, les horaires sont différents, le personnel est coupé.

L'air est froid, sec. Au-dessus de ma tête, le ciel est blanc. Comme si le parc n'était qu'un décor dans un studio de télévision. Autour de moi, tout semble tellement artificiel... Des arbres dénudés de feuilles jusqu'au sable encore humide de la rosée du matin, tout est tellement stérile, faux. Sauf une chose. Au loin, dans un tas de feuilles, au centre de la pataugeoire hors-service depuis quelques mois, la silhouette inerte de Fany.

Ce n'était qu'un jeu, je le jure ! On avait fait attention, on l'avait déjà fait des dizaines de fois. Mais Fany a voulu faire son intéressante et s'était imposée. C'est là que tout avait dérapé.


J'ai rencontré Fany il y a près de dix ans maintenant. En plus d'être voisines, nous étions dans la même classe de maternelle. Nul besoin de préciser que nous étions pratiquement soudées par les hanches ! À la veille de notre entrée en première secondaire, Fany a dû déménager, mais nous avons gardé contact par courriel. Je m'ennuyais bien sûr de mon amie d'enfance, cependant je me suis rapidement fait plusieurs amies à ma nouvelle école. En septembre dernier, les parents de Fany ont divorcé et elle est revenue habiter dans son ancien quartier et s'est inscrite, par le fait même, à la même polyvalente que moi. C'est là que les problèmes ont commencé.

J'aimais bien Fany, mais sa personnalité fleur bleue ne cadrait pas vraiment avec le groupe d'amies que j'avais commencé à fréquenter depuis mon entrée à la polyvalente. C'est pourquoi l'idée de la voir débarquer dans mon univers m'enchantait peu. Comme Fany était dans une classe de niveau enrichi et moi dans un groupe régulier, elle ne voyait pas beaucoup mes nouveaux amis. Elle tentait souvent de nous approcher, mais je trouvais chaque fois une excuse pour l'exclure. Mais un soir d'octobre, hier soir plus précisément, elle s'est imposée. J'étais dans le parc du quartier avec Cynthia et Coraline en train de fumer un petit joint quand elle est arrivée. Je ne sais pas comment elle a fait pour me retrouver, honnêtement je m'en balançais pas mal.

La stratégie de Fany était complètement différente hier soir. Se contentant habituellement de me ramener sur ce qu'on aurait pu qualifier de droit chemin, elle avait plutôt décidé de se faire accepter par celles avec qui je passais maintenant le plus clair de mon temps. Fany s'est donc assise entre Cynthia et moi, l'air sûr d'elle. Lorsque le joint est arrivé à sa hauteur, elle l'a porté à ses lèvres et a aspiré d'un coup, comme si elle consommait depuis toujours. Cynthia et Coraline semblaient apprécier sa compagnie, et nous avons rapidement atteint un état second.

Je ne sais plus comment c'est arrivé, mais nous avons décidé de grimper dans le grand chêne. C'est Fany qui a grimpé le plus haut. Elle a poussé l'audace jusqu'à s'aventurer sur la branche qui surplombait la pataugeoire. Je n'oublierai jamais le bruit qui a retentit lorsque son corps a frappé le sol. Un son lourd, sourd. Tout c'est passé comme au ralentit ; j'ai vu ses omoplates toucher le sol, puis ce fut le tour de sa tête. J'ai tenté de me convaincre que le craquement que j'avais entendu était celui de la branche, mais celle-ci n'avait pas bougé. Le cou de Fany faisait un drôle d'angle avec le reste de son corps.

Prises de panique, nous ne savions pas quoi faire. Coraline ne cessait de nous dire que nous ferions mieux de partir alors que Cynthia insistait pour appeler la police. Sachant pertinemment que nous ne pouvions appeler la police sans se faire accuser de possession de drogue, nous avons fait le pacte de ne plus jamais parler de cette soirée. C'était chacune pour soi.
Cynthia et Coraline ont quitté dans deux directions opposées alors que je me suis plutôt dirigée vers un buisson où je me suis cachée, pour m'assurer qu'on trouverait Fany. Je ne pouvais pas l'abandonner.

Au loin, j'aperçois une femme qui marche d'un pas rapide, avec sous le bras une serviette qui semble pleine de dossiers. Mon cœur bat de plus en plus rapidement. Le cauchemar est bientôt terminé, on va trouver Fany. Elle passe devant la pataugeoire et quelques mètres avant d'emprunter le sentier qui mène à l'hôpital, elle s'arrête brusquement. La femme tourne la tête lentement en direction de la pataugeoire. En apercevant le corps inerte de Fany, elle laisse tomber ses dossiers, les feuilles se dispersant aux quatre vents.

Lentement, je me retourne et me faufile à l'extérieur du parc. Personne ne m'a vue. Je me redresse et marche comme si de rien n'était. Le secret n'est plus le mien. J'ai peur, mais je sais que je dois continuer à avancer sans me retourner. Repose en paix Fany.

mercredi 4 novembre 2009

CONSIGNE DE LA SEMAINE 1

Thème : Un cadavre au parc Lafontaine (ou tout autre parc près de chez vous)
Genre : Policier
Contrainte : Récit au « je ».
On a trouvé un cadavre dans le parc Lafontaine. Imaginez ce qui a bien pu se passer. Qui est la victime? Qui est l’assassin? A quelle heure la mort est-elle survenue?
Quelle est le mobile du crime? Est-ce un accident? Un suicide? Un meurtre?
Vous devez choisir un point de vue sur le drame et raconter l’histoire au « Je ». Êtes-vous la victime? Un témoin? Le meurtrier ou la meurtrière? La police qui enquête? Un(e) ami(e) de la victime?
Essayez de bien visualiser la scène dans votre tête, ça devrait vous aider. Plus vous voyez les lieux clairement, plus c’est facile d’y inventer une histoire. Est-ce que c’est la nuit? Le jour? En été? En hiver? Il pleut? Il fait beau? Froid?
Vous pouvez même aller vous promener dans le parc pour identifier l’endroit précis où vous allez camper votre histoire. Ça sera plus facile de décrire les lieux s’ils sont clairs dans votre tête.


Truc no 1 : Écrire, c’est se poser des questions
Quand on écrit, il faut sans cesse se poser des questions, mais il y a quatre incontournables auxquelles il est difficile d’éviter de répondre. Qui? Quoi? Où? Quand?
L’ordre n’a pas d’importance, ce qui compte, c’est de toutes se les poser à un moment ou l’autre. Il m’est arrivé de commencer des histoires à partir d’un personnage, d’autres fois, à partir d’une situation que je trouvais intéressante.
Donc, les 4 fabuleuses questions sont :
QUI? À qui arrive l’histoire? Ça sert, vous l’aurez deviné, bande de perspicaces, à trouver les personnages principaux de votre histoire.
QUOI? Qu’est-ce qui arrive? Quelle est la situation de départ? Quel est le problème auquel le personnage principal est confronté? Quel but cherche-t-il à atteindre?
OÙ? Euh… Ai-je besoin d’expliquer la question? Ce qui est bien en littérature, c’est la liberté. Dans un livre (et même au théâtre si les spectateurs et la mise en scène font preuve d’un peu d’imagination), les budgets sont illimités. Contrairement à la télé et au cinéma, vous pouvez camper votre histoire en plein cœur de New York, dans une banlieue d’Istanbul ou dans la forêt en Abitibi sans que ça vous coûte un sou. Vous pouvez prendre un jet privé et atterrir dans le Sahara, repartir en hélicoptère jusqu’au bord de la mer et revenir en voilier jusqu’à la Terre de feu, tout ça gratuitement!
QUAND? On n’est pas toujours obligé d’avoir la date exacte, mais il faut au moins savoir si notre histoire se passe à notre époque, au Moyen-âge ou en 2089. Ça aide à déterminer si le personnage envoie un coursier à cheval, un texto ou s’il utilise son visiaphone à puce greffé à même son cerveau pour inviter la belle Cunégonde à souper. On peut aussi préciser le temps, jour, nuit, saison. Se retrouver enfermé dehors sur le balcon en pyjama en juillet ou en janvier ne comportent pas les mêmes inconvénients.

Bien sûr, vous pouvez raconter l’histoire de personne à qui il n’arrive rien nulle part. Tout est possible. Mais disons qu’il faut faire preuve de beaucoup de style si vous ne voulez pas que vos lecteurs tombent endormis avant la fin de la première page.

mardi 3 novembre 2009

Demain, c'est promis

Je mets les premières consignes en ligne demain. En attendant, aiguisez vos claviers et faites réchauffer vos neurones dans une petite casserole. Ça pourra toujours servir.

mercredi 21 octobre 2009

QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE BLOGUE???

L'envie d'écrire vous démange? Plutôt que de vous gratter au sang, pourquoi ne pas suivre mon atelier d'écriture en ligne?
C'est facile, gratuit et vous n'avez même pas besoin de vous déplacer! Tout ce que vous aurez à faire, c'est de rester chez vous et écrire des textes en respectant les consignes d'écriture que je vous donnerai chaque semaine.
Vous pourrez vous consacrer à la rédaction de vos chef-d'oeuvre en pyjama ou en bobettes, avec un sac en papier sur la tête ou les horribles pantoufles en phentex que votre tante Cécile vous a tricoté aux pieds. Aucun fer à friser nécessaire, pas de paiement facile, les piles sont incluses et aucun représentant n'ira chez vous!

C'est quand?

Euh... Si on disait que ça commence juste après l'Halloween? Disons que je mets les premières consignes en ligne le lundi, 2 novembre. (oui, 2009…)

Ça dure combien de temps?

L'atelier va s'étaler sur 12 semaines. Vous y consacrez le temps que vous voulez, quand vous voulez. Comme je vais sauter quelques semaines pendant le temps des Fêtes (Il faut bien que je fasse cuire ma dinde et que j'emballe mes cadeaux...), on va en avoir jusqu'à la mi-février.

Comment ça marche au juste?

Chaque semaine, pendant 12 semaines, je vais vous donner des consignes pour écrire un texte sur un thème précis. J'ajouterai des contraintes pour corser l'affaire, mais aussi des petits trucs et conseils d'écriture pour vous aider. Je pourrais éventuellement y aller de quelques suggestions de lecture pour vous éclairer.
Quand votre texte sera prêt, vous pourrez le mettre en ligne, sur le blogue, avec ceux des autres participants. Vous avez le droit de le signer de votre nom, si vous êtes courageux, ou d'un pseudo, si vous préférez garder l'anonymat afin d'éviter que les grands éditeurs de ce monde ne vous harcèlent pour publier vos oeuvres complètes. Vous pouvez aussi, dans les cas plus aigus de timidité, garder vos textes dans vos tiroirs et ne les montrer à personne. (Mais si tout le monde fait ça, je vais avoir un peu l'impression de parler toute seule. Remarquez, j'ai l'habitude, mais quand même, ça serait pas mal que les participants participent...)
Les textes publiés sur le site pourront être commentés par les autres participants. Je compte sur vous pour choisir un vocabulaire et des expressions plus constructives que "full poche" et "juste d'la marde, s'tie".
À la fin, si vous en avez envie, on pourrait se rencontrer en chair et en os à la bibliothèque et même faire une lecture publique des meilleurs textes.

C’est pour quel âge?

Dans mes rêves les plus fous, l'atelier était destiné aux ados, disons ceux de quatrième et cinquième secondaire, mais je suis ouverte à jouer avec tous ceux qui ont envie de participer... De toutes façons, je ne ferai pas d'enquête pour connaître votre véritable identité, je ne vous demanderai pas votre carte d'assurance-maladie pour savoir votre âge et votre signe du zodiaque, ni un papier du médecin si vous sautez une semaine.
Alors, si vous avez le temps, l'envie et le clavier, vous êtes bienvenus!

Oui, mais c’est qui, Carole Tremblay?

C’est moi. Dans la vie, je suis une auteure de littérature jeunesse. J’ai publié plus d’une quarantaine de romans et d’albums, dont Roméo, le rat romantique, Marie-Baba et les 40 rameurs, La véridique histoire de Destructotor, En panne dans la tempête… Je ne vais quand même pas vous les énumérer tous… Allez voir sur Wikipédia, ça va aller plus vite.
Il m’arrive aussi d’écrire pour le théâtre, la télévision et le journal Le Devoir quand je ne suis pas en train de travailler pour Dominique et cie, une maison d’édition jeunesse, où je suis directrice de collection.
Et, ah oui, je suis actuellement écrivaine en résidence à la bibliothèque du Plateau-Mont-Royal.

Comment on s'inscrit?

Pour participer, c'est simple. Il s'agit de devenir membre de mon blogue Laresidenceenligne.
(Pour ceux et celles qui se demandent: "Mais pourquoi a-t-elle donné un nom aussi nul à son blogue?" Voici un élément de réponse: Résidence ne veut pas dire que je fais ça de chez nous, mais bien que cette activité s'inscrit dans le cadre de ma résidence d'écrivaine à la bibliothèque du Plateau Mont-Royal. Et le jeu de mots me faisait rire. Quel jeu de mots? Ah! Allez! Faite une effort!)
Vous suivrez ensuite les instructions qui vous seront données sur le site.
En gros, ça va comme suit :
Vous cliquez sur "devenir membre"
Vous ouvrez un compte Google ou Yahoo si vous n'en avez pas et vous devenez membre.
Je vous enverrai une invitation par courriel pour devenir contributeur.
Quand vous recevrez le message, vous n’aurez qu’à cliquer dessus pour compléter votre inscription.

Engagement de l'auteure
De mon côté, je vous promets que je vais lire tous vos textes. Je ne peux pas m'engager à les commenter tous de manière aussi détaillée que je le fais quand je travaille à l'édition des livres chez Dominique et cie. Il faut d'abord que je vois combien d'entre vous vont bien vouloir jouer avec moi.
Par contre, vous serez toujours bienvenus à la bibliothèque, dans mon petit bureau, soit sur rendez-vous, soit dans mes heures de présence, pour discuter et me poser des questions. (Mon horaire est sur le site de la bibliothèque)